À El-Harrach, dans les rues d’Alger, un enfant de six ans découvre une règle simple, presque instinctive : celui qui tient le ballon devient le boss.
Dans le soccer de rue, celui qui a le ballon dicte le rythme. Il organise ses coéquipiers, ajuste la stratégie, choisit le tempo, provoque le déséquilibre. Sur le bitume, Sofiane Zerouati apprend très tôt que le jeu ne se résume pas à courir derrière un ballon. Il faut comprendre l’espace, sentir le moment juste, prendre des décisions. Cette leçon d’enfance ne l’a jamais quitté.
Aujourd’hui responsable U11 masculin et entraîneur du U11 R1 au CS Montréal Centre, Sofiane porte avec lui un parcours riche de 18 années de coaching : trois en Algérie, quinze au Canada. Titulaire de la licence B CONCACAF, il a aussi connu le jeu comme joueur, avec un passage par l’IRBEH Kahla, le CR Belcourt en junior national, puis Amel Kourifa.
Mais comme souvent dans les histoires de terrain, le véritable tournant est arrivé dans un moment de silence. À la fin de sa carrière de joueur, Sofiane s’est imaginé loin du soccer. Loin des vestiaires, des séances, des matchs, des discussions d’après-entraînement, de cette tension particulière qui précède le coup d’envoi. Et cette idée lui a paru impossible.
« Je me suis vu loin du terrain… et ça m’a paru impossible. »
Alors, s’il ne pouvait plus jouer, il allait transmettre. Dans sa manière de voir le jeu, Sofiane s’inspire des architectes du terrain. Des joueurs capables de ralentir le temps, de lire un bloc, de déséquilibrer une équipe par une seule passe. Andrea Pirlo, notamment, incarne cette forme d’intelligence calme, lucide, presque silencieuse, où la maîtrise du jeu passe autant par la vision que par le geste.
Cette vision se retrouve dans sa manière d’entraîner. Pour Sofiane, l’entraînement n’est pas seulement une préparation au match. L’entraînement est déjà une forme de performance.
« On joue comme on s’entraîne. »
Chaque séance doit donc porter une exigence. Pas seulement dans l’intensité ou l’effort, mais dans la compréhension du jeu. Le placement avant la course. La décision avant l’action. L’espace avant le ballon.
« L’espace est souvent plus important que le ballon. »
Cette phrase résume une grande partie de sa philosophie. Apprendre à ses joueurs à lever la tête, à se situer, à anticiper. Comprendre que le soccer n’est pas seulement un sport d’exécution, mais aussi un sport de lecture, d’équilibre et d’intelligence collective.
Mais Sofiane ne sépare jamais la formation du joueur de la formation de l’être humain.
En souvenir de notre regretté Sadia, il rappelle avec force qu’avant de former des footballeurs, on forme des jeunes. Respect, discipline, humilité, effort, solidarité : ces valeurs ne sont pas des mots ajoutés autour du jeu. Elles en sont la base.
« Si un jour ils deviennent de bons joueurs, ce sera la conséquence naturelle de ces valeurs. »
Au sein du club, Sofiane incarne cet équilibre rare entre rigueur professionnelle et esprit familial. Il exige, il structure, il corrige, mais toujours avec le souci de faire grandir. Son parcours, son expérience et son attachement au club en font une figure importante de notre projet de formation.
Son plus beau souvenir reste lié à la création de l’académie, aux côtés de Sadia, Yacine et Michael Antenoli. Plus qu’un projet sportif, c’était la naissance d’un héritage. Une façon de construire quelque chose qui dépasse les saisons, les résultats et les générations.
Les jours de match, Sofiane retrouve toujours un rituel qui le ramène à ses racines. Du chaâbi, cette musique algérienne qui accompagne la mémoire, les émotions et les départs vers le terrain. Une tasse de thé, en silence. Puis le jeu reprend ses droits.
Comme dans les rues d’El-Harrach, le terrain appelle à nouveau.
Merci Sofiane, pour ton exigence, ta fidélité, ta passion et tout ce que tu transmets aux jeunes du CS Montréal Centre.
Tu es, toi aussi, au cœur du Centre.